Ma première rentrée

Publié le par vieviablog

4eme-2.jpgC'était en 1978, je venais d'obtenir mon diplôme de prof de collège. J'étais incroyablement jeune et sans doute insuffisamment formée, mais je ne le savais pas, heureusement.

Bien classée dans ma promotion, j'avais obtenu comme premier poste Niederbronn-les Bains, ce qui me convenait : je savais comment y aller, et quand on connaît mon angoisse devant les routes inconnues, on comprend que c'était un bon argument.

Je ne sais plus à quel moment j'ai trouvé mon logement: il me semble que j'étais passée me présenter au collège et que quelqu'un m'avait indiqué l'adresse dun couple de profs qui louait un logement au sous-sol en septembre.

Je me souviens que j'étais avec ma mère lorsqu'on est allés voir ce logement.

La jeune femme qui a ouvert la porte nous a paru d'emblée sympathique: blonde, souriante, joviale: il s'agissait d'une prof d'allemand, ce qui tombait bien,  mariée à un prof de physique.

Seulement, fin août le petit appartement n'était pas terminé,  Jean-Paul n'ayant pas fini de poser le papier peint, il fallait attendre la fin de la première semaine.

Cette première semaine j'ai donc dû faire le trajet de 50 km quotidiennement, depuis la maison de mes parents.

Je me souviens de cette transition entre la vie d'étudiante et la vie adulte comme d'un moment agréable, mais un peu douloureux aussi, car il était forcément de courte durée.

Lorsque je revenais dans ma petite voiture décapotable (une R5 de 7 chevaux qui  faisait le plaisir de mon père) ma mère était dans le jardin derrière la maison.

Je ne me doutais pas alors que des années plus tard ma mère aurait de cette période un si fort souvenir.

Nous savons rarement au moment où nous vivons les choses quelle importance elles auront dans notre mémoire.

Mon père regardait avec un peu d'appréhension mes premiers pas comme prof. Lorsque je racontais mes cours où l'enseignement de l'allemand reposait sur l'apprentissage de sketches en 6° et en 5°, il me disait: "Tu ne fais que jouer avec tes élèves."

Un peu plus tard, constatant le temps que je consacrais à mon métier, il eut une autre inquiétude: "Tu ne pourras jamais te marier at avoir des enfants. Je ne vois pas comment tu trouverais le temps de t'occuper d'une famille".

Sur ce point il n'avait pas tant tort que cela.

 

Mon père est mort depuis bientôt 27 ans.

 Aujourd'hui, 35 ans après mes débuts, j'aimerais lui dire que j'ai tenu bon, que je n'ai jamais failli à ma tâche. Et que j'ai quand même réussi à avoir une famille.

Publié dans Souvenirs

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