Les Noëls d'autrefois à Lohr

Publié le par vieviablog

12.12.23

Longtemps à Lohr nous avons fêté Noël de la même manière, qui nous semblait la seule façon possible. Nous pensions alors dans nos têtes d'enfants qu'il en serait toujours ainsi.

Noël était l’affaire de presque tout le monde, en tout cas de tous les enfants de 3 à 14 ans, et de toutes les familles dans lesquelles grandissaient ces enfants.

Tous les enfants participaient à la fête d’une manière ou d’une autre, avec le maître ou la maîtresse, à l’école du dimanche et au catéchisme, cumulant le plus souvent deux ou trois rôles dans le spectacle final de la veillée de Noël à l’église.

 

Je pense que nous avons tous un fort souvenir des chants avec M. Balliet : dès le début du mois de décembre, il sortait son guide-chant (qui ne se souvient du fameux guide chant ?) et nous commencions les répétitions d’une dizaine de chants de Noël.

(Est-il besoin de préciser qu’à l’époque les parents trouvaient cela tout à fait normal et que personne ne protestait contre le manque de laïcité de l’école ?)

M. Balliet prenait cela très au sérieux : parfois il nous faisait rire, quand il mettait toute son énergie dans la direction de sa petite chorale, mais nous faisions de notre mieux.

Je me souviens en particulier du chant « Les anges dans nos campagnes » et de « Kling, Glöckchen, klingelingeling »,pour lequel une charmante jeune élève avait le droit d’agiter la clochette, suscitant la jalousie des autres.

 

Au catéchisme, nous préparions la scène de Noël, plus ou moins revisitée. Je me souviens d’une année où j’ai joué une servante dans l’auberge, me faisant réveiller par Simone qui manquait de me faire tomber du banc où j’étais censée dormir. Cela nous faisait beaucoup rire pendant les longues répétitions.

Les grands dadais un peu gauches de 13 ans, les confirmands,  jouaient les bergers.

Les pères, pourtant peu concernés par l’église en genéral, fabriquaient les houlettes des bergers, en s’appliquant à façonner une jolie pièce métallique.

Les mères sacrifiaient un rideau pour déguiser les filles en anges.

Les grands-mères faisaient répéter les couplets en allemand: à cette époque l’allemand nous paraissait d’un usage naturel, à l’église. (Je me souviens que les premiers mots d’allemand que j’ai lus et appris étaient les paroles de « Ihr Kinderlein kommet », récitées avec mon père : qui aurait cru alors que l’allemand serait si important dans ma vie future ?)

 

Et puis venait le grand soir. Le culte avait lieu à 19 ou à 20 heures (je suppose que le pasteur devait alterner entre Lohr et Pétersbach). Nous, les enfants, nous nous rendions à l’église un peu plus tôt, pour les ultimes répétitions sur scène : car oui, il y avait une grande scène en bois qui permettait à tout le monde de voir à peu près correctement.

Nous étions fébriles, nous avions le trac, mais c’était si bon ! Au retour, nous serions soulagés de toute cette tension, tels des acteurs après leur prestation, et nous pourrions ouvrir nos cadeaux.

C’était le deuxième avantage de cette veillée de Noël : le Christkindel passait en notre absence, ce qui nous paraissait fort logique.

Lorsque l’on éteignait les lumières pour le premier chant collectif, le sapin apparaissait dans toute sa splendeur, et je pense que les gorges de bien des adultes se serraient alors.

Noël était là, comme il l’avait toujours été, et l’on pensait sans doute à autrefois et à ceux qui s’en étaient allés.

 

Même les pères étaient venus, eux qui allaient à l’église rarement, pour la plupart.

C’était le cas pour le mien, que je cherchais du regard dans les bancs du haut, à côté de l’orgue. « Et tu chantes, hein, me disait-il, parce que je te regarde ! » Il ne pouvait pas savoir que bien souvent je me contentais de remuer les lèvres, parce que je savais ne pas chanter très juste. Ou peut-être le savait-il ?

 

Lorsque l’école maternelle ouvrit à Lohr, Madame Edith fit chanter ses petits, grande nouveauté très appréciée. Je me souviens de « Bambins et gamines », chanté par ces petites voix fraîches. Toutes les grands-mères tendaient le cou et beaucoup demandaient « Et le petit à droite, il est à qui ? Et celle du milieu ?»

 

Oui, nos Noëls d’autrefois étaient ainsi, et nous pensions que cela durerait toujours.

Nous ne savions pas alors que les choses changent, inévitablement, et que nous serions plus tard à jamais nostalgiques de ces moments magnifiques.

 

En 1970 arriva un nouveau pasteur, plein d’idées et d’énergie, M. Kaempf. Après un premier Noël à l’ancienne, il déclara que ce spectacle manquait de vraie profondeur et de spiritualité, que Noël ne devait pas être du theâtre. Il fit enlever la scène en bois, qui symbolisait pour lui probablement l’aspect trop théâtral. Il imposa une « vraie veillée », plus spirituelle.

Certains approuvèrent ce choix, d’autres le regrettèrent.

Cela coïncida pour moi à mes 14, 15 ans, la Confirmation, la fin de l’enfance, la fin de la magie.

 

Aujourd’hui j’ai l’âge des grands-mères qui tendaient le cou pour apercevoir les petits, et si j’allais à une telle veillée dans mon village je n’en connnaîtrais plus aucun.

Mais je suis sûre que si je pouvais à nouveau entendre à la fin du culte le chant « O du fröhliche, o du selige » entonné en chœur comme autrefois par tous les présents, j’en sangloterais d’émotion.

 

                                  

 

 

 

 

 

 

Publié dans Souvenirs

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Béatrice Schmoelzlin (née Stoll) 15/10/2014 10:10

Merci Viviane pour ce retour dans le passé ! J'ai pris un énorme plaisir à lire les articles qui me ramènent, avec beaucoup d'émotion, une quarantaine d'années en arrière !